Ciao Ethiopia, again.

Addis-Abeba, Piazza, décembre 2019. VD

Je n’ai jamais été capable de soutenir une conversation en amharique, tout juste de me débrouiller sur un marché, d’indiquer une direction à un chauffeur de taxi ou de dérider un représentant de l’État. Quand bien même, trois ans après avoir quitté l’Éthiopie, il m’a fallu peu de temps pour m’amuser à revisiter la langue, d’abord avec le douanier, puis le chauffeur de taxi qui m’a déposé à Kazenchis et le serveur du café où je me suis installé. Pas de quoi se pâmer, mais qu’il est surprenant de constater à quel point ce pays ne m’a pas quitté.

Addis, Abeba, décembre 2019. VD

Addis a changé, pas forcément en bien. La ville a revêtu des habits de béton, inharmonieux, tournant le dos à ceux qui l’habitent. Les bâtisseurs se livrent, davantage qu’auparavant, à un regrettable concours en élevant des tours au-delà du raisonnable (et du nécessaire ?). Le quartier Kazenchis n’est plus que remblais et chantiers, il ne demeure presque plus rien de ces ruelles qui m’ont inspiré le roman. Plus haut, Piazza se tient un peu à l’écart, mais les pelleteuses ne sont pas loin. Au ras du bitume, le vent nouveau ne souffle pas le même air, du moins en apparence. Les mêmes échoppes, les mêmes petits cafés sombres continuent d’offrir un refuge aux moins bien lotis.

La circulation est plus dense, mais derrière les nouvelles avenues asphaltées par des ingénieurs chinois, on continue de porter des sacs de charbons sur la tête, de réparer son antique Toyota Corolla, de faire sécher le piment au sol. Douce sensation de déjà-vu. Dans les cafés et les taxis, le ton est plus libre, les regards moins tendus que quelques années en arrière. L’Ethiopie évolue et c’est tant mieux, à son rythme et dans le désordre. Soyons honnête : je suis resté à peine le temps de retrouver le goût d’autrefois, pas celui de me faire un avis sur le nouveau visage du pays.

Je suis allé à Addis pour présenter mon roman « Kazenchis se tait le dimanche ». La rencontre organisée par l’Alliance française a été chaleureuse et réjouissante. Je m’attendais à une discussion différente de celles que j’ai en France : je n’ai pas été déçu. Nous avons davantage parlé d’écriture que du pays, forcément. J’espère que ceux qui ont acheté « Kazenchis » prendront plaisir à le lire. Merci énormément à Christian, le directeur, et Lucie, en charge des affaires culturelles, pour leur accueil.

Ciao Ethiopia, again.

Crédit : Berhanu Beyene / Alliance ethio-française.
Crédit : Berhanu Beyene / Alliance ethio-française.
Crédit : Berhanu Beyene / Alliance ethio-française.