Dans les rues d’Addis Abeba, on salue avec prudence le geste du marathonien éthiopien

Le Monde Afrique – août 2016

L’équipe olympique éthiopienne doit rentrer à Addis-Abeba ce soir (23 août) de Rio. Au complet ? Fayisa Lilesa sera-t-il parmi ses collègues ? Les autorités lui ont promis de d’accueillir « en héros » celui qui a décroché la médaille d’argent à l’épreuve de marathon des JO.

Et les Addis-Abebiens, qu’en pensent-ils ? Difficile à savoir. Personne ou presque n’accepte de parler du geste de défiance du marathonien à l’égard du gouvernement : il y a deux jours, le jeune homme franchissait la ligne d’arrivée en croisant les bras au-dessus de sa tête. Comme les manifestants Oromos qui s’opposent aux autorités depuis près d’un an, souvent dans la violence. (Mon reportage pour Le Monde Afrique).

Le coureur aura en tout cas réussi une chose : porter sur la scène internationale une longue crise qui, jusqu’à présent, n’intéressait guère hors des frontières éthiopiennes.

 

Ethiopie : un marathonien devient icône politique

Médiapart – août 2016

Bon, le titre manque sans doute un peu de nuance, mais on n’est pas loin de la vérité.

Le plus difficile, en fait, fut d’expliquer ce que ce coureur plus habitué à courir qu’à discourir à bien voulu exprimer en franchissant la ligne d’arrivée de l’épreuve de marathon aux Jo de Rio, les bras croisés au-dessus de la tête.

VD Election kebele

Addis-Abeba, mai 2015. Un bureau de vote à Kazenchis, un quartier populaire de la capitale. La coalition au pouvoir détient depuis 100% des sièges au parlement.

La crise, labellisée #OromoProtests sur les réseaux sociaux, se résume difficilement en peu de mots. Terres, ratés du fédéralisme ethnique, corruption, accaparement de richesses, répression… Au fil des mois et des discussions que j’ai eues avec des paysans, des étudiants, des fonctionnaires ou des chercheurs, j’ai entendu bien des choses.

Une certitude : le pays vit des moments cruciaux. Sans plus d’espace pour que s’expriment les griefs, la société éthiopienne risque de se polariser encore plus.

Ma tentative d’explication, pour les abonnés de Médiapart..

L’iconoclaste d’Afrique

Revue XXI – été 2016

XXI UNE

 

La première fois que j’ai entendu Ali Mufuruki s’exprimer, c’était à une conférence au cours de laquelle il a démoli le héros africain Kwame Nkrumah et réduit en bouillie le panafricanisme – une figure et un rêve intouchables sur le continent.

Encore moins face à huit chefs d’Etats africains, actuels ou anciens.

XXI p2Six mois plus tôt, apprendrai-je plus tard, il avait dépecé le récit de « l’Afrique émergente » qui réjouit le continent depuis un paquet d’années.

Il m’a fallu plusieurs semaines pour le convaincre de me laisser le suivre chez lui, en Tanzanie, dans son bureau de Dar es Salaam et son village d’enfance Bwanshoni. Le résultat – son portrait – est publié dans le numéro d’été de la revue XXI.

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Il n’existe pas de lien vers l’article et je ne mets pas de pdf en ligne, délibérément. Pour se procurer la revue, il faut se rendre dans une (bonne) librairie ou la commander sur le site http://www.revue21.fr/

 

Si vous avez besoin d’une vraie bonne raison d’acheter ce numéro, sachez qu’il y a une BD de Joe Sacco dedans. Eh ouais.

 

Ethiopie contre Erythrée, l’interminable querelle de deux frères ennemis

Médiapart – juin 2016

Qui a tiré en premier ? La question n’a plus guère d’importance tant les deux camps se sont, depuis la signature d’un accord de cessation des hostilités en 2000, accrochés, armes à la main, le long de leur frontière commune.

Dimanche 12 juin, l’affrontement semble avoir été massif. Impossible, pour l’heure, d’en connaître les raisons exactes ni le nombre de victimes de part et d’autre. Une certitude : il serait temps qu’Asmara et Addis-Abeba s’entendent enfin sur le tracé de la frontière.

Le différend entre l’Ethiopie et l’Erythrée est ancien, complexe et déterminant pour la Corne de l’Afrique, déjà agitée par de trop nombreux conflits. Que faire ?

Mon analyse pour Médiapart (en accès payant).

De l’Ethiopie à la Zambie, le parcours contrarié de jeunes migrants qui rêvaient d’Afrique du Sud

Le Monde Afrique – juin 2016

J’ai rencontré ces adolescents dans le centre de transit géré par l’Office international des migrations (OIM) et l’UNICEF, à Addis-Abeba. Ils venaient d’être rapatriés de Zambie où ils ont été arrêtés pour être entrés dans le pays sans visa. Au rez-de-chaussée, un petit groupe regardait la télévision. Dans les étages, les autres passent le temps sur leurs lits superposés ou dans la petite cours.

Ils ont des allures de gamins et pourtant ils ont traversé trois pays clandestinement, à l’arrière d’une moto ou caché dans un bus, à pied parfois. Ils ont dormi dans des forêts, ont été entassé dans des dortoirs poisseux. Ils auraient continué, s’ils n’avaient pas été arrêtés à 1500 km de leur but : l’Afrique du Sud.

Pas l’Europe, l’Afrique du Sud.

Addis-Abeba, Juin 2016 - A 15 ans, Salamo a été rapatrié de Z

Addis-Abeba, Juin 2016 – A 15 ans, Salamo voulait se rendre en Afrique du Sud. Il a été arrêté en Zambie, puis rapatrié. Dans le centre de transit de la capitale éthiopienne, il attend que l’IOM et UNICEF le remette en contact avec sa famille. Vincent Defait

Ces jeunes migrants, tous mineurs, n’ont jamais envisagé d’aller vers le Nord. Le bonheur, ils se l’imaginaient au Sud. Les routes migratoires africaines sinuent sur le continent, en débordent rarement, contrairement à bien des idées reçues en Europe.

C’est triste à dire, mais leurs histoires sont presque banales.

Mon reportage pour Le Monde Afrique.

Somalie : les obstacles s’accumulent sur la route des élections

Le Monde Afrique – mai 2016

VD Mog beach7

Mogadiscio – 2013. Rare moment de détente dans une ville en état de siège. Vincent Defait

Résoudre un quart de siècle d’instabilité, des décennies d’affrontements entre clans incapable de s’entendre, des années de menaces islamistes et de dysfonctionnement étatique ne se fait pas en un jour. Les autorités de Mogadiscio le savent trop bien. La communauté internationale et les Somaliens de la diaspora, qui tiennent le pays à bout de bras financièrement, poussent le gouvernement du président Hassan Cheikh Mohamoud, élu en 2012 à la tête d’un Etat croupion, à tenir les délais : en août 2016, la Somalie doit organiser de nouvelles élections. Et un jour, peut-être, les 10 millions de Somaliens pourront enfin choisir leurs dirigeants. Avant, il faudra dépasser un certain nombre d’obstacles que je me suis efforcé de présenter dans cet article pour Le Monde Afrique.

 

L’Ethiopie voit revenir des enfants adoptés devenus adultes

Médiapart – mai 2016

C’est l’histoire d’un « entre-deux » qu’ils ou elles s’efforcent de négocier. Beaucoup de celles (pas de jeunes hommes, curieusement) que j’ai rencontrées ne savaient pas grand chose de leurs origines éthiopiennes. Tout juste qu’elles sont nées ici, puis ont été adoptées et emmenées grandir aux Pays-Bas, en France, en Belgique, aux Etats-Unis…

Ca n’a l’air de rien, mais il y a plusieurs semaines de travail derrière cet article. J’ai pris le temps avec chacune pour tenter de comprendre ce qui les avaient poussé à (re)venir en Ethiopie. Certaines voulaient renouer avec une famille dont on leur avait dit qu’elle n’existait pas, d’autres s’imprégner d’un pays dont elles ne connaissent rien.

Aborder l’adoption inter-pays, c’est naviguer entre des législations internationales et des montagnes d’affect. La question des origines n’y échappe pas, surtout quand les parents et l’enfant n’ont pas la même couleur de peau. Pas toujours facile de saisir les non-dits, les ressentis. Dans cet article pour Médiapart (en español aqui), j’ai essayé de donner la parole à des adultes qui, chacune à leur manière, négocient un « entre deux » cultures.

Orphelinat de SOS Enfants Ethiopie près d'Addis-Abeba

Environ d’Addis-Abeba, 2014. Dans un orphelinat géré par une association française. Vincent Defait