Le climat de violences en Ethiopie fait douter les investisseurs

Le Monde Afrique – septembre 2016

Le refrain est connu : au sud, il y a la Somalie et les milices islamistes Al-Shebabs, à l’ouest le Soudan du Sud où plus personne ne semble avoir le contrôle des hommes en arme, au nord l’Erythrée avec qui l’Ethiopie est en guerre larvée. Et puis, au centre de ce foutoir, Addis-Abeba qui maintient une croissance économique au-dessus de la moyenne continentale, qui dépense l’aide humanitaire correctement et qui reste, au prix d’une surveillance aigüe de la société, exempt de conflit armé majeur. Cette stabilité, l’Ethiopie en a fait un argument pour s’assurer le soutien de l’occident et attirer les investisseurs.

Pas sûr que ça marche encore longtemps.

Depuis près d’un an, le pays tremble. Le pouvoir central fait face à d’innombrables manifestations dans la vaste région Oromia, ainsi que le coeur de l’ex-empire abyssin, la région Amhara. Fin août, des fermes horticoles étrangères ont été visées par les manifestants. Le groupe néerlandais Esmeralda l’a annoncé, après que ses installations – 10 millions d’euros d’investissement – soient « parties en fumée » : il se retire d’Ethiopie.

Et si l’entreprise était suivie d’autres ? On n’en est pas là, mais les investisseurs doutent. Mon article pour Le Monde Afrique.

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Dans les rues d’Addis Abeba, on salue avec prudence le geste du marathonien éthiopien

Le Monde Afrique – août 2016

L’équipe olympique éthiopienne doit rentrer à Addis-Abeba ce soir (23 août) de Rio. Au complet ? Fayisa Lilesa sera-t-il parmi ses collègues ? Les autorités lui ont promis de d’accueillir « en héros » celui qui a décroché la médaille d’argent à l’épreuve de marathon des JO.

La rue éthiopienne salue avec prudence le geste politique de soEt les Addis-Abebiens, qu’en pensent-ils ? Difficile à savoir. Personne ou presque n’accepte de parler du geste de défiance du marathonien à l’égard du gouvernement : il y a deux jours, le jeune homme franchissait la ligne d’arrivée en croisant les bras au-dessus de sa tête. Comme les manifestants Oromos qui s’opposent aux autorités depuis près d’un an, souvent dans la violence. (Mon reportage pour Le Monde Afrique).

Le coureur aura en tout cas réussi une chose : porter sur la scène internationale une longue crise qui, jusqu’à présent, n’intéressait guère hors des frontières éthiopiennes.

 

En Ethiopie, la croissance se heurte à des manifestations inédites

Médiapart – février 2016

Ce fut, de loin, l’un des papiers les plus difficiles à écrire. Parce qu’il s’agit d’un sujet sensible. Parce qu’il est question, surtout, d’un problème ancien, complexe et… qui n’intéresse pas grand monde au-delà des frontières du pays.

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Addis-Abeba, 2013 – Depuis plusieurs années, la capitale éthiopienne est en chantier et en pleine expansion. Vincent Defait

Mais ce que révèle, à mon sens, ces manifestations dans la région Oromia vaut qu’on s’y intéresse. La belle histoire du succès économique éthiopien se fissure un peu avec ces manifestations dont je pensais, à tort, qu’elles s’essouffleraient une fois le projet d’extension de la capitale Addis-Abeba officiellement remisée au placard.

Ma tentative d’explications sur Médiapart (pour les abonnés). Si le sujet vous intéresse, faîtes-le moi savoir et je vous enverrai un pdf.