La contestation monte, l’Ethiopie vacille

Médiapart – octobre 2016

Par où commencer ? Par le fait que publier ce post en ligne m’a pris des heures, qu’il m’a fallu installer un VPN pour contourner l’énorme filtrage de l’internet éthiopien, que l’internet mobile est coupé dans la capitale depuis une semaine, comme dans le reste du pays depuis des mois.

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Ethiopie, oct 2016 – A Bishuftu, des hommes creusent à la recherche de corps, au lendemain d’Ireecha, la fête traditionnelle Oromo. La veille, des dizaines de personnes ont chuté dans un fossé et sont mortes asphyxiées après que la police a tenté de disperser la foule.

L’Ethiopie vit donc en état d’urgence depuis le dimanche 9 octobre.

Et après ? Que répondre à ces étudiants et ces paysans que la peur d’être arrêté ou tué n’empêche plus de manifester ?

Un monde bascule, écrivais-je dans le post précédent. C’était à propos d’un train chinois, construit pour remplacer un train français. Le véritable basculement, violent et massif, est surtout social et politique.

J’ai fait de mon mieux pour aider à en saisir les nuances dans cet article pour Médiapart.

 

 

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Le climat de violences en Ethiopie fait douter les investisseurs

Le Monde Afrique – septembre 2016

Le refrain est connu : au sud, il y a la Somalie et les milices islamistes Al-Shebabs, à l’ouest le Soudan du Sud où plus personne ne semble avoir le contrôle des hommes en arme, au nord l’Erythrée avec qui l’Ethiopie est en guerre larvée. Et puis, au centre de ce foutoir, Addis-Abeba qui maintient une croissance économique au-dessus de la moyenne continentale, qui dépense l’aide humanitaire correctement et qui reste, au prix d’une surveillance aigüe de la société, exempt de conflit armé majeur. Cette stabilité, l’Ethiopie en a fait un argument pour s’assurer le soutien de l’occident et attirer les investisseurs.

Pas sûr que ça marche encore longtemps.

Depuis près d’un an, le pays tremble. Le pouvoir central fait face à d’innombrables manifestations dans la vaste région Oromia, ainsi que le coeur de l’ex-empire abyssin, la région Amhara. Fin août, des fermes horticoles étrangères ont été visées par les manifestants. Le groupe néerlandais Esmeralda l’a annoncé, après que ses installations – 10 millions d’euros d’investissement – soient « parties en fumée » : il se retire d’Ethiopie.

Et si l’entreprise était suivie d’autres ? On n’en est pas là, mais les investisseurs doutent. Mon article pour Le Monde Afrique.

Dans les rues d’Addis Abeba, on salue avec prudence le geste du marathonien éthiopien

Le Monde Afrique – août 2016

L’équipe olympique éthiopienne doit rentrer à Addis-Abeba ce soir (23 août) de Rio. Au complet ? Fayisa Lilesa sera-t-il parmi ses collègues ? Les autorités lui ont promis de d’accueillir « en héros » celui qui a décroché la médaille d’argent à l’épreuve de marathon des JO.

La rue éthiopienne salue avec prudence le geste politique de soEt les Addis-Abebiens, qu’en pensent-ils ? Difficile à savoir. Personne ou presque n’accepte de parler du geste de défiance du marathonien à l’égard du gouvernement : il y a deux jours, le jeune homme franchissait la ligne d’arrivée en croisant les bras au-dessus de sa tête. Comme les manifestants Oromos qui s’opposent aux autorités depuis près d’un an, souvent dans la violence. (Mon reportage pour Le Monde Afrique).

Le coureur aura en tout cas réussi une chose : porter sur la scène internationale une longue crise qui, jusqu’à présent, n’intéressait guère hors des frontières éthiopiennes.

 

En Ethiopie, la croissance se heurte à des manifestations inédites

Médiapart – février 2016

Ce fut, de loin, l’un des papiers les plus difficiles à écrire. Parce qu’il s’agit d’un sujet sensible. Parce qu’il est question, surtout, d’un problème ancien, complexe et… qui n’intéresse pas grand monde au-delà des frontières du pays.

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Addis-Abeba, 2013 – Depuis plusieurs années, la capitale éthiopienne est en chantier et en pleine expansion. Vincent Defait

Mais ce que révèle, à mon sens, ces manifestations dans la région Oromia vaut qu’on s’y intéresse. La belle histoire du succès économique éthiopien se fissure un peu avec ces manifestations dont je pensais, à tort, qu’elles s’essouffleraient une fois le projet d’extension de la capitale Addis-Abeba officiellement remisée au placard.

Ma tentative d’explications sur Médiapart (pour les abonnés). Si le sujet vous intéresse, faîtes-le moi savoir et je vous enverrai un pdf.

En Ethiopie, des élections sans bruit

Mediapart – mai 2015 Mai 2015 - Des partisans du parti au pouvoir, l'EPRDF, dans le s Le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique s’apprête à réélire le même parti au pouvoir depuis 1991, Le Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens (EPRDF).

Côté face, l’EPRDF est auréolé d’une croissance à 10% sur la dernière décennie et d’une stabilité rare dans la Corne de l’Afrique.

Côté pile, le régime concentre les critiques des défenseurs des droits de l’homme et des libertés publiques.

La campagne a donné le ton. Peu de meetings politiques, de petites affiches de partis d’opposition pour rivaliser avec les posters géants de l’EPRDF, de rarissimes tentatives publiques de rallier les votes au bout d’une sono ambulante… Des débats télévisés sur la chaîne nationale, tout de même, pris en sandwich par des vidéos vantant le bilan des autorités. Et en fond, le silence des partenaires occidentaux de l’Ethiopie. Hors micro, plusieurs sources confirment pourtant que rarement une élection aura été aussi tendue que celle-ci. La première depuis le décès en 2012 du premier ministre Meles Zenawi, qui fut pendant 21 ans l’incarnation d’une Ethiopie décidée à corner son image de pays pauvre.

Mon reportage paru dans Médiapart.