La contestation monte, l’Ethiopie vacille

Médiapart – octobre 2016

Par où commencer ? Par le fait que publier ce post en ligne m’a pris des heures, qu’il m’a fallu installer un VPN pour contourner l’énorme filtrage de l’internet éthiopien, que l’internet mobile est coupé dans la capitale depuis une semaine, comme dans le reste du pays depuis des mois.

VD Ireecha 2016-4.jpg

Ethiopie, oct 2016 – A Bishuftu, des hommes creusent à la recherche de corps, au lendemain d’Ireecha, la fête traditionnelle Oromo. La veille, des dizaines de personnes ont chuté dans un fossé et sont mortes asphyxiées après que la police a tenté de disperser la foule.

L’Ethiopie vit donc en état d’urgence depuis le dimanche 9 octobre.

Et après ? Que répondre à ces étudiants et ces paysans que la peur d’être arrêté ou tué n’empêche plus de manifester ?

Un monde bascule, écrivais-je dans le post précédent. C’était à propos d’un train chinois, construit pour remplacer un train français. Le véritable basculement, violent et massif, est surtout social et politique.

J’ai fait de mon mieux pour aider à en saisir les nuances dans cet article pour Médiapart.

 

 

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Ethiopie : un marathonien devient icône politique

Médiapart – août 2016

 

Bon, le titre manque sans doute un peu de nuance, mais on n’est pas loin de la vérité.

Le plus difficile, en fait, fut d’expliquer ce que ce coureur plus habitué à courir qu’à discourir a bien voulu exprimer en franchissant la ligne d’arrivée de l’épreuve de marathon aux Jo de Rio, les bras croisés au-dessus de la tête.

VD Election kebele
Addis-Abeba, mai 2015. Un bureau de vote dans la capitale éthiopienne. La coalition au pouvoir depuis 1991 détient depuis 100% des sièges au parlement.

La crise, labellisée #OromoProtests, #AmharaProtests, voire #EthiopiaProtests, sur les réseaux sociaux, se résume difficilement en peu de mots. Terres prises aux mains des paysans, ratés du fédéralisme ethnique, corruption, accaparement de richesses, violente répression… Au fil des mois et des discussions que j’ai eues avec des paysans, des étudiants, des fonctionnaires ou des chercheurs, j’ai entendu bien des choses.

Une certitude : le pays vit des moments cruciaux. Sans plus d’espace pour que s’expriment les griefs, la société éthiopienne risque de se polariser encore plus.

Ma tentative d’explication, pour les abonnés de Médiapart..

L’Ethiopie voit revenir des enfants adoptés devenus adultes

Médiapart – mai 2016

C’est l’histoire d’un « entre-deux » qu’ils ou elles s’efforcent de négocier. Beaucoup de celles (pas de jeunes hommes, curieusement) que j’ai rencontrées ne savaient pas grand chose de leurs origines éthiopiennes. Tout juste qu’elles sont nées ici, puis ont été adoptées et emmenées grandir aux Pays-Bas, en France, en Belgique, aux Etats-Unis…

Ca n’a l’air de rien, mais il y a plusieurs semaines de travail derrière cet article. J’ai pris le temps avec chacune pour tenter de comprendre ce qui les avaient poussé à (re)venir en Ethiopie. Certaines voulaient renouer avec une famille dont on leur avait dit qu’elle n’existait pas, d’autres s’imprégner d’un pays dont elles ne connaissent rien.

Aborder l’adoption inter-pays, c’est naviguer entre des législations internationales et des montagnes d’affect. La question des origines n’y échappe pas, surtout quand les parents et l’enfant n’ont pas la même couleur de peau. Pas toujours facile de saisir les non-dits, les ressentis. Dans cet article pour Médiapart (en español aqui), j’ai essayé de donner la parole à des adultes qui, chacune à leur manière, négocient un « entre deux » cultures.

Orphelinat de SOS Enfants Ethiopie près d'Addis-Abeba

Environ d’Addis-Abeba, 2014. Dans un orphelinat géré par une association française. Vincent Defait

 

L’Ethiopie affronte la pire sécheresse depuis trente ans

Médiapart – avril 2016

L’an dernier, à la même époque, on parlait de 2,9 millions de personnes ayant besoin d’une aide humanitaire. Six mois plus tard, il était question de 10,2 millions. Entre temps, il a fallu aux organisations humanitaires – ONU et ONG – discuter ces chiffres avec des autorités réticentes à voir leur pays associé à ces images d’enfants mourant de faim.

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Ethiopie, région Somali (avril 2016) – Une clinique ambulante, dans un lieu-dit. Ici, on vérifie l’état de santé des enfants, premières victimes des crises alimentaires. Vincent Defait

Soyons clair : je n’ai vu personne mourir de faim. Peut-être ne suis-je pas allé au bon endroit. Possible. Une certitude, cependant : les autorités feront ce qu’il faut pour ne pas voir sur leur sol une nouvelle famine. Quitte à compliquer le travail des journalistes.

Quoiqu’il en soit, de l’avis de beaucoup, la crise est relativement bien gérée pour le moment. Le gouvernement y consacre une fortune, compte tenu de son budget. Reste à communiquer un peu plus sur le sujet. Ca aide, quand il faut lever des fonds…

Mon reportage pour Médiapart (pour les abonnés).

Le Somaliland, Etat autoproclamé, est en quête de reconnaissance

Médiapart – décembre 2015

J’aurais dû publier ce reportage plus tôt, mais… j’ai oublié.

Hargeisa, Somaliland (Dec. 2015) - Le mémorial du bombardement

Somaliland (Dec. 2015) – Le mémorial du bombardement d’Hargeisa par l’armée du Président Siad Barre, dans le centre de la capitale. A part quelques maisons, tout y a été détruit en 1988. Vincent Defait

J’ai pourtant vécu des situations cocasses en compagnie d’un ministre allongé sur un matelas, au denier étage de son ministère, devant une montagne de Khât. Dans le hall résonnant d’un hôtel de Berbera où des policiers en civil voulaient nous embarquer, mes deux collègues et moi, avant de nous laisser là, un peu hébétés. Au marché aux bestiaux en compagnie de l’un des hommes les plus riches du continent vêtu d’un costume taillé pour les bureaux de banque qu’il possède. Entre les murs défraichis de l’Oriental hotel que les puissants haut-parleurs de la mosquée voisine faisaient vibrer pendant des heures.

Bref, ce fut une plongée passionnante (mon reportage est accessible ici) dans un pays qui n’en est pas encore un. Et qui ne le sera sans doute jamais.

 

En Ethiopie, des élections sans bruit

Mediapart – mai 2015 Mai 2015 - Des partisans du parti au pouvoir, l'EPRDF, dans le s Le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique s’apprête à réélire le même parti au pouvoir depuis 1991, Le Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens (EPRDF).

Côté face, l’EPRDF est auréolé d’une croissance à 10% sur la dernière décennie et d’une stabilité rare dans la Corne de l’Afrique.

Côté pile, le régime concentre les critiques des défenseurs des droits de l’homme et des libertés publiques.

La campagne a donné le ton. Peu de meetings politiques, de petites affiches de partis d’opposition pour rivaliser avec les posters géants de l’EPRDF, de rarissimes tentatives publiques de rallier les votes au bout d’une sono ambulante… Des débats télévisés sur la chaîne nationale, tout de même, pris en sandwich par des vidéos vantant le bilan des autorités. Et en fond, le silence des partenaires occidentaux de l’Ethiopie. Hors micro, plusieurs sources confirment pourtant que rarement une élection aura été aussi tendue que celle-ci. La première depuis le décès en 2012 du premier ministre Meles Zenawi, qui fut pendant 21 ans l’incarnation d’une Ethiopie décidée à corner son image de pays pauvre.

Mon reportage paru dans Médiapart.

Dévasté par la guerre, le Soudan du Sud menace de déstabiliser la région

Médiapart – Juin 2014

Ethiopie, Burebiey - Mai 2014. A la frontière avec le Soudan duLe Soudan du Sud n’en finit pas de sombrer. Deux ans et demi après son accession à l’indépendance, le pays s’enfonce dans une guerre civile, devenue ethnique pour les « petits » qui ont pris les armes, mais avec des origines politiques : le président Salva Kiir et son ancien vice-président Riek Machar s’opposent depuis des mois sur l’avenir du pays… et sur qui doit le diriger. A l’approche des élections, prévues initialement pour 2015, l’animosité entre les deux hommes, tous deux d’anciens militaires, a pris un tour tragique. Avec pour conséquence de faire trembler la région et de générer un drame humain.

Mon reportage dans les camps de réfugiés dans l’Ouest de l’Ethiopie.

Le lien pour les abonnés à Médiapart.

L’article en pdf et en moins joli pour les autres : VD Soudan du Sud – Médiapart